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Il est là depuis deux ou trois semaines. Quatre, tout au plus. Je ne me rappelle pas précisément quel jour je l’ai vu pour la première fois. Mais je me suis peu à peu habitué à le trouver là, chaque soir, à mon retour du bureau.

Un type mince, ou peut-être maigre, en fait, les traits fins, presque féminins, enroulé dans un manteau sans âge et une écharpe rouille qui semble faire six fois le tour de ses épaules. Il faut dire qu’il a fait très foid ces derniers jours. Et j’ai pensé qu’il devait certainement en souffrir, lui qui apparemment n’a pour autre refuge, le soir venu, que le renfoncement d’une ancienne porte de service sur la façade de notre immeuble bourgeois.

La proximité d’une grille de métro doit lui fournir juste assez de chaleur pour qu’il ait élu ce lieu comme abri nocturne. Il est là aussi, en effet, tous les matins lorsque je descends.

Il ne me dérange pas. Il est silencieux. Il est seul. Pas de chien. Pas non plus de pancarte mendiant quelques sous. Il n’exige rien de personne. Il ne demande même pas.

A part l’autre soir.

Je suis passé devant lui, et je l’ai regardé, presque machinalement – les pauvres finissent parfois par devenir des éléments du décor des riches. Il m’a regardé au même moment, sans doute par hasard, mais cette coïncidence a signé le début, à notre insu, d’une relation entre humains. Son regard n’était pas de ceux qui implorent, qui s’abaissent, qui s’excusent d’exister. Simplement, il m’a regardé. Il était là, et moi aussi, au même moment et au même endroit. Nous n’allions juste pas passer la même nuit.

— Salut, m’a-t-il lancé.

note : Pour recevoir le nouveau recueil du même auteur vous pouvez télécharger le bon de commande en cliquant ici ou cliquer sur "commander" en haut à droite de ce texte pour un paiement en ligne.

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Il est là depuis deux ou trois semaines. Quatre, tout au plus. Je ne me rappelle pas précisément quel jour je l’ai vu pour la première fois. Mais je me suis peu à peu habitué à le trouver là, chaque soir, à mon retour du bureau.

Un type mince, ou peut-être maigre, en fait, les traits fins, presque féminins, enroulé dans un manteau sans âge et une écharpe rouille qui semble faire six fois le tour de ses épaules. Il faut dire qu’il a fait très foid ces derniers jours. Et j’ai pensé qu’il devait certainement en souffrir, lui qui apparemment n’a pour autre refuge, le soir venu, que le renfoncement d’une ancienne porte de service sur la façade de notre immeuble bourgeois.

La proximité d’une grille de métro doit lui fournir juste assez de chaleur pour qu’il ait élu ce lieu comme abri nocturne. Il est là aussi, en effet, tous les matins lorsque je descends.

Il ne me dérange pas. Il est silencieux. Il est seul. Pas de chien. Pas non plus de pancarte mendiant quelques sous. Il n’exige rien de personne. Il ne demande même pas.

A part l’autre soir.

Je suis passé devant lui, et je l’ai regardé, presque machinalement – les pauvres finissent parfois par devenir des éléments du décor des riches. Il m’a regardé au même moment, sans doute par hasard, mais cette coïncidence a signé le début, à notre insu, d’une relation entre humains. Son regard n’était pas de ceux qui implorent, qui s’abaissent, qui s’excusent d’exister. Simplement, il m’a regardé. Il était là, et moi aussi, au même moment et au même endroit. Nous n’allions juste pas passer la même nuit.

— Salut, m’a-t-il lancé.

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